«Ma mère voulait se suicider»

Que se passe-t-il dans la tête d’un jeune qui est sur le point de perdre un parent par le suicide? Nous avons parlé à une jeune qui a été confrontée à cette question.

Je pars à la rencontre de mon amie Helene* dans un café à proximité d’une clinique privée pour patients atteints de troubles psychosomatiques. Âgée de 21 ans, Helene vient juste de rendre visite à sa mère qui suit justement une thérapie dans cet institut à la suite d’une tentative de suicide.

Dans notre cercle d’amis, Helene est connue pour sa bonne humeur constante et pour parcourir la vie en affichant un rictus permanent. Yeux cernés, lèvres pincées: je ne reconnais pas l’expression qu’elle porte sur le visage aujourd’hui. Je suis même un peu effrayée, mais je ne laisse rien paraître pour ne pas la déstabiliser.

Nerveuse, Helene se passe les doigts dans sa longue chevelure blonde. L’ambiance est pesante et, d’une certaine manière, je me sens un peu mal à l’aise, alors que c’était l’idée d’Helene de me rencontrer pour me parler de sa mère et de sa tentative de suicide.

On peut très bien parler d’autre chose. Tu ne dois pas te sentir obligée.

Non. Ça fait du bien d’en parler. Et peut-être que ce sera utile à d’autres personnes. C’est si important d’aborder ce sujet et surtout de ne pas laisser les sentiments de culpabilité prendre le dessus.

Ta culpabilité?

La question de savoir pourquoi. Pourquoi n’ai-je pas remarqué combien elle allait mal? Évidemment, je sais bien qu’en fait je n’y peux rien. Mais ça ne change rien aux pensées. J’aimerais aborder ce sujet de manière ouverte. Depuis que c’est arrivé, je n’arrive plus à fermer l’œil et je me demande constamment si je n’ai pas vu ou voulu voir certains signes.

De quels signes parles-tu?

Mes parents ont divorcé juste après mon départ de la maison pour aller étudier à Graz. À l’époque, mon nouvel environnement m’a beaucoup accaparée. La première colocation, les nouvelles personnes autour de moi, le quotidien à l’université et mon premier petit ami: j’étais très occupée avec tout cela. Je n’avais pas beaucoup de contacts avec ma mère, si ce n’est qu’on se passait occasionnellement quelques coups de fil.

Mais tu savais qu’elle allait si mal?

Ma maman a toujours été très sensible et avait de grosses angoisses. Le divorce et mon départ de la maison n’ont malheureusement pas arrangé les choses. Mais elle ne m’a jamais donné l’impression d’être vraiment instable. J’avais vraisemblablement sous-estimé combien elle se sentait seule. Sans fille et sans mari.

Elle n’a jamais parlé avec toi de ses sentiments et de ses peurs?

Je savais qu’elle suivait une psychothérapie. Certes, elle me l’avait dit ouvertement, mais tout en faisant passer cela comme un simple rendez-vous chez le coiffeur. Quand je lui demandais directement comment elle allait, elle changeait toujours de sujet. Surtout quand il s’agissait de mon père, qui était, au fil du temps, devenu un sujet tabou. Ça me perturbe d’avoir laissé faire.

As-tu envie de parler du moment où tu l’as trouvée?

Je ne préfère pas. Après tout, cela ne change rien. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il n’y avait pas de mare de sang, si c’est ce que tu veux savoir. Et pourtant, c’était ce que j’ai vécu de pire. Tu n’as pas idée de ce que c’est quand tu vois ta propre mère couchée là et que tu sais qu’elle préférerait être morte.

Et qu’est-ce qu’il s’est passé ensuite?

J’ai d’abord appelé mon père. J’étais dépassée par les événements et ne me souviens que partiellement des détails. Je me rappelle qu’un médecin urgentiste est venu. Ils l’ont ensuite transportée sur une civière jusque dans l’ambulance. Je n’ai pas pu regarder, car ça m’a déchirée intérieurement. Heureusement qu’elle a survécu. Je crois qu’elle n’avait pas vraiment envie de mourir, dans le fond. Elle n’avait même pas rédigé de lettre d’adieu.

Comment se sont déroulées vos retrouvailles après l’incident? J’ai du mal à m’imaginer cela.

J’ai évidemment voulu la rejoindre immédiatement à l’hôpital, mais maman ne voulait pas. Elle ne voulait voir personne. Ce n’est qu’au bout de deux jours qu’elle m’a envoyé un SMS dans lequel elle me priait de venir lui rendre visite.

Et? Tu y es allée?

Oui, évidemment. Ça faisait tellement mal de la voir dans cette clinique, avec ses pantoufles. Ce n’est pas un endroit pour elle. Elle m’a dit qu’elle m’aimait et qu’elle demandait pardon pour ce qu’elle m’avait fait, à moi et à tous les autres. Ça va peut-être paraître dur, mais à ce moment-là, j’ai compris que je ne pouvais pas simplement accepter ses excuses. Je sais qu’elle n’allait pas bien. Mais comment une mère peut-elle abandonner son enfant de la sorte?

D’après toi, quelle sera la suite?

Je vais évidemment continuer d’aller la voir, la soutenir du mieux que je peux dans sa thérapie et être là pour elle. Mais, honnêtement, je ne sais pas s’il y aura à nouveau un jour où ce qui s’est passé ce jour-là ne sera pas entre elle et moi.

Et qui s’occupe de toi?

En raison de la situation, notre famille est, de manière absurde, à nouveau plus soudée. Avec mon père, j’ai subitement une relation comme je n’en avais jamais eu auparavant. En plus, je fais moi-même partie d’un groupe de thérapie que m’ont recommandé les médecins qui soignent ma mère. Ça aide beaucoup de parler en toute simplicité et d’être écoutée. Il est important de pouvoir faire face à la situation et à ta propre colère et déception.

* Le nom a été modifié par la rédaction


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