«Je me suis retrouvée nue devant des inconnus»

Cela faisait longtemps que notre journaliste voulait être un modèle d’art nu. Elle a fini par sauter le pas et s’est mise à poil devant quinze étudiants d’art plastique.

Je suis en route pour la SKDZ, l’école d’art et de design de Zurich.  Je suis nerveuse. Bientôt, je vais faire quelque chose que je n’aurais pas osé faire quelque temps auparavant. Une quinzaine d’étudiants vont me dessiner – ou plutôt mon corps nu. J’ai toujours voulu être modèle d’art nu, mais je voulais surtout savoir si j’allais vraiment oser aller jusqu’au bout. J’ai soudainement mal au ventre. J’essaie de penser à autre chose.

Et si jamais quelqu’un me connaît? Si je dois aller aux toilettes? Si j’ai une crampe et que je tombe, nue, devant des étrangers? J’essaie de ne pas imaginer n’importe quoi, mais je le fais malgré tout. Ça ne m’aide pas, tout ça.

La pièce où je vais bientôt être le centre de l’attention est très grande et remplie de peintures. Le professeur, Andrea, un homme sympa, dans la quarantaine, me reçoit. Pendant que je fume une cigarette pour me calmer les nerfs – j’en ai bien besoin – il m’explique une fois de plus le déroulement de la soirée et les positions que je devrai prendre.

Je me change derrière une étagère, qui ne me protège pas vraiment des regards des étudiants. J’hésite brièvement, puis je me dis: «C’est quoi le souci? Ils vont bientôt me voir toute nue. J’enfile mon peignoir blanc tout moelleux, que j’ai amené de chez moi. La plupart des participants sont des femmes, c’est un soulagement. «Mon corps n’a rien d’exceptionnel pour elles.»

Sous les projecteurs, nue comme au premier jour

Je me positionne devant les étudiants, qui me font un signe de la tête. Andrea a mis une couverture sur le sol. J’essaie de me détendre : «Ça a l’air sympa quand même.» Un projecteur se trouve à ma gauche, afin que les étudiants puissent bien me voir. Ma nervosité atteint des sommets.

«On y va», lance le professeur. Je suis debout sur ma petite scène et ferme brièvement les yeux. Puis j’ouvre mon peignoir. Je suis complètement nue devant des étrangers, je me sens sans défense. Jusqu’ici, les seuls à m’avoir vue nue étaient des amis très proches ou les hommes avec qui je couchais. Et avec eux, il me fallait déjà du courage et surtout beaucoup de confiance.

Pendant quinze minutes, je reste debout, sans bouger. Heureusement, il fait chaud dans la lumière du projecteur. Mon regard suit Andrea, qui va d’un étudiant à un autre, en donnant des conseils. Je ne sais pas quoi regarder d’autre. Tout le monde est concentré sur sa tâche. Le professeur me demande régulièrement comment je me sens et si je peux encore garder la position. Je ne me sens toujours pas très à l’aise, mais je tiens le coup. Je ne veux pas qu’on voie mon insécurité.

Une expérience douloureuse

Après une brève pause, pendant laquelle j’enfile mon peignoir, je prends une nouvelle position. Ce coup-ci, c’est un peu comme au yoga: je suis assise, une jambe pliée, l’autre droite, appuyée sur ma main gauche. Etre nue me dérange moins, mais je commence à avoir des fourmis dans la main gauche. Cela devient désagréable. Je me rends compte qu’un quart d’heure, c’est vachement long.

Que fait-on pendant un temps aussi long, sans bouger et sans portable? Je pense à mon planning de la semaine à venir, me rappelle tout ce que j’ai mangé aujourd’hui. Je réfléchis au sens de la vie. Soudain, je m’aperçois que je dois absolument remettre du vernis sur mes orteils. Cela me dérange tellement que j’en oublie ma nudité.

Je n’existe pas vraiment, juste mon corps

Je commence à m’ennuyer. J’observe les étudiants. Ils sont concentrés et travaillent de manière professionnelle. Pour eux, je ne suis qu’un moyen d’atteindre leur objectif, un genre de poupée nue. C’est un sentiment étrange. Une pensée me traverse l’esprit: «Voilà ce que doivent ressentir les mannequins inconnus quand ils défilent.»

Les trois heures sont bientôt écoulées. Dans ma dernière position, je suis allongée par terre et je regarde mes pieds. Dès que je rentre, je me fais une pédicure, je le jure. Mais au moins, cette position est confortable. Pendant les courtes pauses, je n’enfile même plus mon peignoir, cela me semblerait ridicule.

La nudité, ce n’est rien

«OK, c’est tout pour aujourd’hui. Tu peux aller te rhabiller.» Les mots du professeur sont un soulagement. Je suis contente de pouvoir bouger de nouveau. Ce n’était pas si impressionnant que cela, en fin de compte. Un court moment de honte. Les douleurs lombaires et les mains endormies étaient bien pires – la nudité, ce n’est rien.


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7 Commentaires

Djul il y a 2 Mois
sympa
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Ludovic Perrenoud www.perrenoud.rocks il y a 2 Mois
Très bel article et bien retranscrit, c'est dommage que ce soit encore perçu comme une démarche inconvenante.
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Bonnaz Bruno il y a 2 Mois
Il eut été intéressant pour vous d'aller voir comment les étudiants vous percevaient ! Sublimer la nudité appartient à chacun en fonction de ses propres perceptions et de ses ressentis...Peut-être auriez vous été surprise du regard des garçons ?
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Jean Bon il y a 2 Mois
Très belle expérience afin d’appréhender la nudité sans gène.
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