«Ils ont perdu toute notion du temps»

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) reconnaît désormais officiellement l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie. A raison, selon les experts qui nous expliquent comment l’on reconnaît et traite une dépendance.

On interrompt son apprentissage, la famille se déchire et pourtant, le jeu vidéo continue de venir en première ligne. L’addiction aux jeux vidéo actuels à succès comme «Fortnite» ou plus anciens comme «World of Warcraft» (à propos, notre chef a dernièrement failli casser son téléphone portable en succombant à la folie de Pacman) peut, dans des cas extrêmes, ruiner des vies entières. C’est pourquoi l’OMS a inclus le trouble du jeu vidéo dans la Classification internationale des maladies.

Même si, selon les statistiques, une faible proportion de joueurs développe une addiction, les experts approuvent cette classification parmi les maladies.

L’addiction modifie le cerveau

«Il a été démontré que jouer de manière excessive et continue à des jeux vidéo modifiait les structures de certaines zones du cerveau», affirme Renanto Poespodihardjo qui dirige le service des comportements addictifs de la Clinique universitaire psychiatrique de Bâle où il prend notamment en charge des patients accros aux jeux vidéo, en séjour ambulatoire dans un premier temps, puis en séjour interne. Ces transformations psychophysiologiques prouvent qu’il s’agit d’une maladie.

Le diagnostic est de mise lorsque les personnes concernées négligent les stades de développement généraux dans le domaine de la formation ou de l’interaction sociale. «Il y a des personnes qui se retirent pendant des mois, voire des années et qui ne savent plus faire la différence entre le jour et la nuit, entre l’été et l’hiver», dit Poespodihardjo. Il ajoute: «Si elles veulent soudainement reprendre le cours d’une vie normale et éventuellement fonder une famille, c’est presque impossible, car les tâches de développement nécessaires n’ont jamais été maîtrisées».

Un symptôme masculin

Les personnes qui sollicitent l’aide de Poespodihardjo sont généralement âgés de 19 à 25 ans – et ont jusqu’à présent toujours été des hommes. «Cela ne signifie pas que les femmes ne peuvent pas aussi être victimes», souligne Poespodihardjo. «Mais pour une raison quelconque, les femmes ne font pas encore partie de nos patients. Nous ne les atteignons pas encore.»

On détermine tout d’abord avec le patient de quel type d’addiction il s’agit. La manière dont la maladie est traitée – qu’il s’agisse d’un sevrage classique ou d’un processus plus long – dépend notamment du type de jeu vidéo. «Lorsqu’une personne est notamment fortement impliquée dans une équipe, cela nécessite de prendre congé – il serait donc contreproductif d’arrêter du jour au lendemain, car des relations en dépendent.»

«Il ne faut pas diaboliser les jeux vidéo»

Entre-temps, on fait de la prévention contre la dépendance aux jeux vidéo dans les écoles. Le nouveau programme qui sera mis en place dans la plupart des cantons dès la rentrée scolaire, comprendra le module «Médias et Informatique» qui aborde également la façon de traiter raisonnablement les jeux vidéo. «Il ne s’agit pas de diaboliser les jeux vidéo», déclare le Dr. Beat A. Schwendimann, directeur de la commission pédagogique de l’Association faîtière des enseignantes et enseignants suisses. Et d’ajouter: «Nous ne prônons pas une totale abstinence, mais une approche modérée et heureusement, la plupart des jeunes savent déjà comment s’y prendre».

En définitive, les parents auraient aussi leur part de responsabilité, selon Schwendimann qui pense que comme les enfants jouent aux jeux vidéo pendant leur temps libre, le corps enseignant n’a qu’un aperçu limité. Lorsqu’un enseignant perçoit des signes tels qu’un manque de sommeil ou une baisse de la performance, il peut certes aborder la question, mais en cas de doute, il s’agirait aux parents d’établir des règles.

«Les maladies non traitées génèrent des coûts astronomiques»

Ce qui frappe Schwendimann est que les jeux vidéo sont actuellement conçus de manière à créer un comportement addictif, ce qui est confirmé par Poespodihardjo qui cite «Fortnite» en exemple. «Certains éléments du jeu rendent particulièrement dépendants, notamment l’inclusion sociale. De même, le côté interminable d’un jeu, c’est-à-dire le fait qu’on n’en voie pas la fin, représente un risque potentiel.»

La reconnaissance officielle par l’OMS a non seulement levé les tabous sur l’addiction aux jeux vidéo, mais a aussi encouragé les personnes concernées à se faire soigner, ce qui était déjà pris en charge par l’assurance maladie. D’après Poespodihardjo, une thérapie sur le long terme peut également s’avérer payante. Il souligne: «Si nous n’offrons pas de bon traitement à ces personnes, la maladie engendrera des coûts astronomiques au cours de leur vie. Il faut garder cela à l’esprit dans notre société.»


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