La première rappeuse afghane

Paradise Sorouri supporte les menaces, les insultes et les agressions physiques, pour donner une voix aux femmes de son pays. Elle nous raconte son histoire.

Education, droits et liberté d’expression – nous y sommes habitués. Mais beaucoup de femmes vivant dans des pays islamiques stricts ne peuvent qu’en rêver. Heureusement, il y a des gens qui refusent de fermer les yeux. Paradise Sorouri et son mari Diverse par exemple. Ils forment le duo de hip-hop 143BandMusic. Leurs chansons parlent des injustices et des abus ayant lieu en Afghanistan. Paradise poursuit son chemin sans se préoccuper du danger dans lequel elle se met. Nous avons parlé avec cette forte femme déterminée.

Actuellement, vous vivez et travaillez à Berlin. Comment êtes-vous arrivés là-bas?

Nous avons eu plusieurs concerts à Kaboul et les médias afghans ont monté l’opinion publique contre nous. On nous reprochait de promouvoir la prostitution et de bafouer les principes de l’islam. Ils nous appelaient carrément des satanistes. Notre vie était continuellement en danger à partir de ce moment-là. Nous étions menacés, insultés et nous nous faisions agresser physiquement. Nous avons décidé de demander l'asile en Allemagne. Ici, nous sommes très heureux, nous n’avons pas besoin d’avoir peur pour notre vie et nous pouvons tranquillement travailler notre musique et créer de nouvelles chansons.

Pouvez-vous vivre de votre musique? Avez-vous d’autres jobs?

Je travaille également comme mannequin et comme actrice, mais mon premier job est le management de 143BandMusic. Diverse est technicien en informatique, il a un supertravail dans le support IT d’une grande entreprise allemande.

Vos chansons et votre musique sont inhabituelles pour un pays aussi religieux que l’Afghanistan, encore moins avec une femme en première ligne. Comment avez-vous commencé?

Nous avons créé 143BandMusic en 2008, dans la ville d'Hérat, ou nous vivions à l’époque. Après avoir enregistré trois chansons, nous avons quitté le pays sur les conseils de nos amis et de notre famille. Nous sommes allés au Tadjikistan – un pays voisin – pour avancer un peu plus librement dans notre carrière. Pendant deux ans, nous avons publié nos chansons en ligne, de là-bas.

Qu’est-ce qui vous a fait revenir dans votre pays natal?

L’horrible nouvelle que deux de mes cousines – elles avaient 9 et 12 ans à ce moment-là – s’étaient suicidées par auto-immolation. Elles ne pouvaient vivre avec le fait de devoir épouser des sexagénaires. Quand nous avons appris cela, nous savions que nous devions faire quelque chose. Et ce n’est possible qu’en étant sur place.

De plus, nous avions eu des invitations pour nous produire à Kaboul. Nous avons compris que nous devions être en Afghanistan pour écrire des chansons sur les gens et sur notre pays.

Votre engagement pour les droits des femmes vient de là, alors?

Oui. En 2009, j’ai également travaillé dans une organisation des droits de l’homme, grâce à cela je me suis rendu compte de l’ampleur de la situation des femmes dans notre pays. Je veux devenir la porte-parole des Afghanes et donner une voix à tous ceux qui n’en ont jamais eu. Même aux enfants.

Vous êtes très critiques et politiques dans vos chansons…

Nous parlons simplement des problèmes flagrants. Le manque d’éducation, les mariages forcés des mineures et surtout l’utilisation abusive de l’islam comme moyen de soumission.

Paradise, tu ne portes pas de hijab, tu n’es pas voilée du tout. Pourtant, le port d’un foulard est plus ou moins imposé dans les pays islamiques très religieux.

Je ne me bats pas contre le port d’un certain type de vêtements ou contre le voile. Je me bats pour la liberté de vivre comme on le souhaite et de porter ce que l’on souhaite porter. Je ne suis pas ici pour empêcher les femmes de porter leur hijab. Quand j’étais à Kaboul, je portais un foulard – pour ne pas être tuée. Mais uniquement dans la rue, jamais sur scène. La rue leur appartient, la scène est à moi.

Que veux-tu dire par «pour ne pas être tuée»?

Dans un pays ou les attentats suicides font partie de la vie quotidienne, il est facile de se faire lyncher par une foule en colère. Le gouvernement ne réussit pas à garantir assez de sécurité et de protection. Rien que ces dernières 24 heures, des attaques terroristes massives ont touché Kaboul, Helmand et Kandahar.

Quels sont vos prochains projets?

Nous venons de finir notre dernière vidéo, «Bosaye Eshgh», que nous voulons publier pour la Saint-Valentin. La chanson doit promouvoir l’amour entre jeunes couples afghans. De plus, nous travaillons comme des fous sur notre album et nous cherchons encore des supporters et des mécènes. C’est un disque très important, qui parlera d’amour, du droit des femmes et des enfants et d’humanité.


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8 Commentaires

Lylou il y a 3 Mois
Bravo à elle! Elle est courageuse! Ça devrait faire réfléchir les pseudo féministes d'ici de voir des femmes avec de vrais problèmes !
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Réponse du Freddy K il y a 3 Mois
de vrais problèmes et des solutions qu'elles appliquent au lieu de pleurnicher sur les méchants qui les oppriment...
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Astrid M il y a 3 Mois
YO! TOTAL RESPECT! au moins elle, si elle montre des guns et dit "ici c'est kaboul!", ce n'est pas de la frime..
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Noisy il y a 3 Mois
Bravo à elle!!
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