«Je suis tombée amoureuse d’un nazi»

Martina, 21 ans, était en couple pendant presque un an avec un membre du mouvement néonazi suisse, connu des autorités. Aujourd’hui, elle vit dans la peur.

«Il m’a envoyé une demande sur Facebook. Je ne le connaissais pas, mais il était vraiment beau gosse  - musclé, masculin, plein de tatouages…». La jeune employée en hôtellerie de Baden, dans le canton d’Argovie, devient presque rêveuse en racontant sa rencontre avec son premier grand amour. «Pendant des semaines, nous passions tout notre temps libre à nous parler sur le web - de tout et de rien, nos familles, le travail, les soucis, les problèmes. C’est un peu honteux, mais quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois, j’étais déjà amoureuse de lui.»

A cette époque, elle ne savait pas qu’elle était sur le point de se mettre en couple avec un néonazi suisse connu. «J’avais bien vu qu’il aimait quelques pages de droite et qu’il partageait parfois des articles xénophobes. Mais je n’y ai pas vraiment prêté attention. Peut-être que je ne voulais pas le voir, tout simplement», raconte-t-elle à voix basse.

Au début, leur première rencontre - elle va le voir chez lui, à Zoug - se passe merveilleusement bien. «C’était exactement comme je l’avais imaginé. Nous nous sommes promenés, avons bu de la bière sur un banc dans le parc. Pendant des heures, nous avons parlé et ri. C’était comme si nous nous connaissions depuis des années.»

Ce n’était qu’une façade

Le choc est rude lorsqu’elle pénètre dans l’appartement de Josef la première fois. «Il avait des drapeaux avec des croix gammées partout, des aigles du Reich et d’autres conneries en rapport avec Hitler. Je me rappelle avoir été prise de nausées, je me suis écroulée en larmes.» Elle avait l’impression d’avoir été abusée, d’avoir été la victime d’un énorme mensonge. «J’avais une peur bleue. Pas de lui, mais de moi-même. Parce que je me rendais soudainement compte que j’étais tombée amoureuse d’un nazi.»

Au lieu de prendre le large, elle reste. Pendant presque un an. Au début, la jeune femme - qui travaille comme réceptionniste dans un hôtel de luxe - espère pouvoir le changer, changer son opinion. L’amour qu’elle ressentait était trop grand pour ne pas se battre. Elle déménage et s’installe chez lui. Il la chouchoute, joue le parfait gentleman. Mais le bonheur ne dure pas. Il ne lui faudra que quelques semaines pour voir le comportement du jeune homme changer - le vrai Josef G. apparaît.

«Il partait souvent avec ses collègues, ils allaient à des concerts rock de droite, à des réunions. Quand il revenait, je devais écouter sa haine contre les étrangers et les homosexuels et les handicapés. Et je n’avais pas le droit de le contredire. Si je lui répondais, il pétait les plombs.»

Le jeu sordide du chat et de la souris

Leur relation se dégrade rapidement. «Il me traitait comme sa bonne et il fallait qu’il montre sa dominance même pendant nos relations sexuelles. Une fois il m’a tellement étranglée que j’ai failli m’évanouir.» Malgré cela, la dépendance psychologique l’empêche de partir. «Nous nous disputions violemment presque tous les jours. Bien sûr, il me frappait aussi. Je voulais le quitter tant de fois, mais il savait très bien me retenir. Il savait me dire ce qu’il fallait quand il fallait; tout était pardonné.»

Ce cruel jeu du chat et de la souris continue jusqu’au jour où le jeune homme de 29 ans est pris d’une crise de jalousie et reproche à Martina d’avoir été infidèle : «Il m’a menacée avec un couteau en hurlant que j’étais une putain. Il disait qu’il allait m’achever.» La nuit même, Martina prend ses affaires et part chez une amie. Mais Josef n’arrête pas pour autant de la menacer par téléphone et par SMS.

«Je voulais porter plainte, mais j’ai laissé tomber.» C’est ce que ses avocats lui ont conseillé. «Ils m’ont très vite fait comprendre que personne ne pourrait me protéger quand ce gars ressortirait de taule. S’il y allait… Et personne ne sait de quoi il est vraiment capable quand on le provoque… »

Aujourd’hui, elle n’ose quasiment pas sortir de chez elle. Pour se rendre sur son lieu de travail, elle s’est longtemps fait accompagner - il fallait l’emmener et venir la chercher. Il faudra encore beaucoup de temps avant que la peur disparaisse.

*données modifiées par la rédaction


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35 Commentaires

Michel from the world il y a 5 Mois
Les réponses haineuses sur ce message est une preuve, une de plus, que les gens voient leur monde d'une manière bipolaire. À 21 ans on est pleines de rêves et on ne peut pas être en harmonie avec tout. L'amour nous pousse vers l'espoir, l'amour nous pousse fait pousser des ailes. Et certaines personnes peuvent partir, peuvent passer sur cette peur. D'autres non ! On est tous différents et il faut se mettre sa dans la tête !
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Réponse du il y a 5 Mois
D'accord avec vous ! Sans compter le nombre de commentateurs qui ne connaissent rien au syndrome de la femme battue et à l'emprise qu'un conjoint (ou une conjointe) peut avoir sur son/sa partenaire !
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Réponse du Astrid M il y a 5 Mois
voir "syndrome de stockholm" sur internet pour plus d'infos. c'est plus général que la violence cojugale mais ça décrit assez bien le mécanisme souvent fatal..
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Réponse du il y a 5 Mois
Je trouve que ce syndrome est trop souvent utilisé pour y mettre tout et rien. Pour qu'il soit effectif, il faut qu'il y ait certaines conditions remplies (on peut les trouver sur internet). Le syndrome de la femme battue, c'est différent...
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