En visite dans un foyer d’éducation pour jeunes filles

Le foyer d’éducation Lory, à Munisenges, dans le canton de Berne, accueille des adolescentes à problèmes. Notre journaliste est allée voir ces jeunes filles qui ont déjà vécu l’enfer.

L’adolescence est la période des premières amours, de l’acné et des discussions avec les parents concernant les heures de sortie. Mais, pour les 28 jeunes femmes qui séjournent actuellement dans le foyer d’éducation Lory, cette période signifie drogue, automutilation et prostitution. Aucune de ces jeunes femmes n’est là de son plein gré. Six d’entre elles se sont échappées et sont actuellement recherchées par la police.

J’ai passé une journée entière dans ce foyer d’éducation, situé à Munisenges, dans le canton de Berne. Je discute avec des jeunes femmes de 14 à 17 ans; elles me racontent leurs histoires. La directrice du foyer, Eliane Michel, explique qu’elle et son équipe, composée de psychologues, de pédagogues sociaux et d’éducateurs professionnels, sont chargées de socialiser ces adolescentes, de les rendre aptes à la vie quotidienne. Elles doivent apprendre à gérer leur vie, à commencer par la douche matinale. Pour nous, ce sont des gestes fondamentaux que nous avons appris de nos parents. Mais la plupart des résidentes du Lory ont été négligées depuis leur plus tendre enfance.

Agressives, insolentes et rebelles

La directrice m’envoie dans le service ouvert, situé dans une petite maison de campagne au milieu du gazon, à côté du bâtiment principal. Cela me rappelle la vieille ferme d’une amie de l’école primaire, où j’adorais jouer. Quatre adolescentes vivent actuellement dans ce service. En journée, elles travaillent au foyer, à la lingerie ou dans la jardinerie. La nuit, elles doivent retourner dans leurs chambres.

Je vais les voir à leur travail, elles me regardent d’un air méfiant. Je ne me sens pas très rassurée. Elles ne montrent aucun respect pour l’éducatrice et semblent agressives, insolentes et rebelles. La tension se relâche pendant le déjeuner que nous prenons ensemble, elles me bombardent de questions. Après le repas, j’ai l’autorisation de discuter seule avec deux d’entre elles. Que je n’aie que 21 ans aide beaucoup, elles ne me mettent pas au même niveau que les éducateurs.

Incollable sur les drogues

Anna* a 15 ans. Elle s’enfuyait régulièrement de chez elle, volait et se droguait. Elle a été placée au Lory en raison de son comportement. Elle me parle de ses connaissances en drogues: «J’ai quasiment tout essayé déjà. Marijuana, LSD, extasy, cocaïne et héroïne. L’héroïne, je l’ai sniffée uniquement, ça m’a donné des fourmillements dans les jambes. Les drogues te rendent heureux. J’ai hâte de pouvoir en reprendre quand je serai sortie.» Elle ne se considère pas comme dépendante pour autant. Elle me donne des conseils, me dit à quoi je devrais faire attention lors de mon premier trip. Je ne sais pas trop si je dois la considérer comme quelqu’un d’attentionné ou quelqu’un de bizarre. Au foyer, elle est censée changer d’opinion en ce qui concerne les drogues.

La deuxième jeune femme avec qui je discute s’appelle Ramona*, elle a 17 ans. Une fois par mois, elle rentre chez elle le temps d’un week-end. Cela fait deux ans qu’elle est au foyer, les éducateurs lui font confiance. «Ça t’arrive de penser à t’enfuir quand tu es chez toi?», je lui demande quand même. «Non. S’ils m’attrapent, ils me mettront dans la cellule disciplinaire. J’y ai passé cinq jours après ma dernière fuite, j’ai pété un câble. Je me suis tapé la tête contre le mur jusqu’à ce que ça saigne vraiment beaucoup.» Elle ne pensait qu’à une seule chose pendant qu’elle était dans la cellule : de quelle manière elle aurait pu éviter de se faire attraper par la police.

Peu de contacts avec l’extérieur

Au bout d’une demi-heure, je dois m’en aller. Le départ est difficile, les histoires de ces filles m’ont touchée, j’aurais voulu en apprendre plus. Mais il est temps d’aller au service fermé. Des barrières devant les fenêtres et un système de sas sont censés empêcher les évasions. Je rends visite à deux adolescentes pendant leur cours de couture. Il faut bien les occuper, ces jeunes femmes qui sont enfermées toute la journée à leur étage, sans portable, sans internet et avec juste une heure d’air frais par jour.

Jenny* et Sofia* sont en train de coudre de petits sacs avec une éducatrice. Les deux filles ont 14 ans, elles sont bruyantes, insolentes et provocantes. J’admire leur éducatrice pour son calme. Sofia m’intimide le plus. Elle a commencé à fumer des joints à 10 ans, puis elle est passée très vite aux drogues dures. Depuis une overdose, elle souffre de paranoïa. Son visage se crispe régulièrement, et elle se touche tout le temps la joue avec un ciseau. Soudainement, elle attrape une aiguille et demande à l’éducatrice si elle doit la piquer avec. Puis elle s’enfonce l’aiguille dans le nez pour se faire un piercing. L’éducatrice enlève calmement l’aiguille et la rince. Je me sens nauséeuse.

Fière d’avoir vendu son corps

Jenny* n’est pas mal non plus. Elle porte des leggings transparents, des talons aiguilles et elle est beaucoup trop maquillée. Tranquillement, elle raconte comment elle se prostituait pour pouvoir acheter de l’alcool et des drogues. Elle connaissant un type friqué, de dix ans son aîné, qui lui donnait 50 francs pour se payer de l’alcool. «Quand je lui faisais une pipe, il me donnait plus d’argent», me dit-elle, presque fière. Cela ne la gênait pas, puisque après ça, elle avait de l’argent.

A 16 heures, je quitte le Lory. Je suis contente d’avoir fait cette expérience, mais je suis aussi triste. Pendant mon trajet de retour, mes pensées reviennent sans cesse vers ces filles qui ont vécu tellement de choses horribles. Je pense aux mots de Ramona*: «Je voulais être libre et j’ai fini ici.» Soudainement, je suis pleine de gratitude pour toutes les possibilités que j’ai eues dans ma vie, mais je suis aussi triste de savoir qu’il n’en va pas de même pour d’autres. J’espère qu’au moins quelques-unes de ces filles pourront avoir une vie meilleure quand elles auront quitté le foyer.

*Nom modifié par la rédaction


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6 Commentaires

Astrid M il y a 8 Mois
la même solution pour un tas de problèmes différends... et pas un mot sur le taux de réussite ( réinsertion...) du centre..
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Mylo il y a 8 Mois
Je trouve que cet article qui traite au départ d un sujet intéressant fait preuve de tant de jugements !!! Finalement, il aurait été plus intelligent de faire de l article ce qui apparaît dans l encadré....
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Belette il y a 8 Mois
En lisant cet article, je me suis d'abord dit: "dis donc, tilllate parle d'autre chose que sexe et beauté!?"... En lisant, j'ai eu une sensation étrange, on dirait le récit d'une sortie au zoo, où elle a joué à "se faire peur" parmi ces "énergumènes" (même si je pense qu'il y a de l'empathie quelque part). Bien sûr qu'elles sont désagréables au possible: 1) c des ados 2) elles ont eu des vies de merde 3) l'agressivité est leur défense 4) être sympas, c'est ne pas "faire peur/être imposante ... ça la fout mal, tu te fais écraser! 5) oh, elles sont là contre leur gré! Si ça avait été simple, elles en seraient pas là! Bref: bravo pour le sujet (vies dures à 2 pas de chez nous) MAIS la présentation de la chose pas top. -- Je me demande ce qu'elles penseront en lisant l'article... --
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Lionel il y a 8 Mois
Oups, c'est moi qui aurait dû me relire 😃 Désolé. Que nous avons appris DE nos parents...
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