«Je suis une mamie et je l’assume»

Béatrice Deslarzes, alias «Bea, la mamie de l’electro», réédite son album «Rebelle. Remixed.» sous forme de vinyle. Rencontre en vidéo.

Des grands noms de la musique électronique romande, tels que POL ou Kid Chocolat, ont retravaillé les morceaux de cette femme atypique de 75 ans. Rencontre avec cette femme médecin de profession, Valaisanne exilée à Genève, auteure d’une autobiographie, engagée auprès de Verts et auparavant chanteuse de jazz.

Comment passe-t-on du jazz à l’electro?
J’ai eu un coup de foudre pour l’electro. A l’époque où je chantais des standards avec mon quartet, j’ai commencé à écrire des paroles et je trouvais que le jazz ne s’accordait pas bien avec mes textes. Un jour, je suis allée au festival de la Bâtie, j’y ai vu des des DJ bosser sur leurs ordis; j’ai tout de suite accroché. J’avais enfin trouvé la musique qui allait avec mes paroles. J’ai alors appris à utiliser l’ordinateur et j’ai commencé à enregistrer. Mais au début, ça a été horrible, je suis tombée sur des gens qui voulaient me refiler n’importe quel matériel informatique.

Comment avez-vous eu l’idée de faire remixer votre album «Rebelle», paru en 2006?
J’ai contacté ces producteurs d’electro car je les connaissais bien. Le CD remixé est sorti en 2010. Il est très différent de l’original. Puis, dernièrement, j’ai trouvé que ça serait bien d’en faire un vinyle, que cela pourrait intéresser des DJ.

Quels thèmes abordez-vous dans votre album?
Le showbiz, que je critique très fortement, car il vit sur le dos des artistes sans les respecter. Je parle aussi de la vieillesse et des gens qui ne savent pas dire non.

Vous vous surnommez vous-même « La mamie de l’electro ». Ce n’est pas très valorisant!

Mais je suis une mamie ! C’est pour ça que je peux me permettre de dire ça. Je trouvais marrant d’associer ces deux mots car c’est étrange de faire de l’electro à mon âge. J’aimais bien ce paradoxe.

Comment le milieu de l’electro vous perçoit-il ?
Bien. En 2003, avec mon mari, on a créé la Fondation Bea pour jeunes artistes. Donc, on fréquente beaucoup de jeunes. Et étonnamment, ils me considèrent comme une musicienne, une des leurs, et pas comme la présidente de la fondation.

Essuyez-vous parfois des critiques ou des moqueries de la part de personnes étonnées de vous voir faire de l’electro?
Oui. Quand j’ai passé le casting de l’émission «Incroyable Talent», pour M6, il n’y avait que des jeunes candidats. L’un d’eux s’est écrié: «Qu’est-ce qu’elle vient faire là?» Il a presque dit «la vieille». Ca étonne beaucoup, c’est clair.

Cela vous dérange?
Pas du tout. Car je m’assume. Et les gens savent que je suis atypique, que je suis une rebelle, donc ils s’habituent à moi. Et tant pis pour les autres. Mais en général, je n’ai pas de problème.

En quoi êtes-vous une rebelle?
Plus j’avance et plus je me rends compte que je l’ai toujours été, même dans mon travail. J’ai été vice-présidente d’Exit pendant 10 ans. C’était une forme de rébellion contre l’acharnement thérapeutique.

La célèbre DJette britannique âgée Ruth Flowers vous a-t-elle inspirée?
Non, mais mon rêve aurait été de percer un peu plus dans le domaine de l’electro, de devenir un vrai DJ. Mais la musique électronique se joue à partir de minuit-2 heures du matin. A mon âge, c’est difficile. Je n’ai jamais mixé. J’ai toujours fait des spectacles avec la voix. Mais depuis 2007, je ne fais plus beaucoup de scène.

Votre premier album, de jazz, intitulé «Refuge», date de 1998. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour sortir un disque?
En fait, j’ai commencé le jazz après 50 ans et l’electro après 60 ans. J’avais déjà fait de la musique avant, du piano-jazz quand j’étais adolescente, mais  mon père ne voulait pas que je me lance dans une carrière musicale. Pour lui, c’était une vie de saltimbanque. J’ai été tellement endoctrinée que j’ai recommencé des études de médecine à 32 ans. Je ne sais pas si c’était un bon choix. J’aime le public, le spectacle, et la médecine c’est un métier d’ombre. Mais j’ai beaucoup aimé mon travail, que j’ai exercé pendant presque 20 ans, en ORL et en allergologie. J’ai aussi été médecin-consultant à la prison de Champ-Dollon.

Quels sont vos projets musicaux?
Ca dépendra de ce que j’arriverai à faire avec la batterie, car j’ai commencé à l’apprendre. Peut-être que je donnerai un concert pour mes 80 ans avec mon looper, ma musique electro et ma batterie. Mais j’ai beaucoup à faire avec la politique et ma fondation. Et je viens de collaborer avec une jeune artiste, Ludiane Pivoine, qu’on a soutenue plusieurs fois, sur le morceau « Je ne serai jamais grand-mère ».

 

Infos : www.bea-music.com


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2 Commentaires

Vergeres Anne-Michele il y a 4 Ans
Les jeunes sont cool l electro n a pas d age j adore et j ai 58 ans en disco on se moque pas demoi alors Bea fonce te souhaite bon vent on vit qu une fois
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Philippe il y a 4 Ans
Ma foi, si c'est son désir , qu'elle fasse de l'electo! Mais personnellement, je dis qu'il y a un temps pour tout et qu'elle est trop âgée pour enflammer les jeunes et même moi qui est 40 ans. Bonne chance tout de même
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