«Ma première fois était un viol»

Un viol ne se traduit pas toujours par des violences physiques, comme dans l’imaginaire collectif. Certains agresseurs sont de grands manipulateurs. Une spécialiste nous éclaire sur le sujet.

Comme pour retirer une épine rapidement du pied, j’irai droit au but. J’ai fait une mauvaise rencontre juste avant de fêter mes seize ans. À l’image du film Trust qui décrit une aventure similaire, ça aurait pu se faire sur Internet, mais, dans mon cas, la rencontre s’est produite dans la vie réelle. Je viens d’une famille très unie, mais à ce moment-là, mes parents étaient séparés, mon père était absent et mon beau-père était fuyant. Moi, j’étais peut-être inconsciemment à la recherche d’une figure paternelle. Voilà le tableau. À cet âge il en faut peut pour être impressionnée. Ce type – ou plutôt ce prédateur – l’a vite compris et a su capter mon attention en s’appuyant sur mon manque affectif. Il s’est immiscé dans ma vie en se présentant comme un ami, un grand frère, mais en ne manquant pas de me faire mentir à ma mère afin de cacher cette «amitié» qu’elle ne pourrait pas comprendre. Il avait l’âge d’être mon père.

Climat de confiance

Il a suffi de quelques rencontres pour installer un climat de confiance suffisamment grand pour qu’il m’emmène un jour chez lui, sous un prétexte bidon. Il s’est donc mis soudainement à m’embrasser. Totalement dégoutée, j’ai reculé tout en essuyant ma bouche d’un revers de la main. Me voyant choquée, il m’a tout de suite fait comprendre que c’est moi qui l’avais cherché. Confuse, je me suis soudainement mise à penser que j’ai mal agi et que, d’une manière ou d’une autre, je l’avais vraiment cherché. Il a réitéré son acte. Toujours aussi écœurée, j’ai essayé de le repousser, mais en vain. Puis le dégoût a laissé place au choc. Je ne me souviens plus comment, mais je me suis retrouvée plaquée sur le ventre. Tout son poids reposait sur moi et je ne pouvais plus bouger. Malgré mon refus, que je miaulais timidement, il est passé à l’acte, en silence, sans violence physique. Pourtant, la pression psychologique était si puissante que j’ai bien ressenti de la brutalité. J’étais tétanisée. C’était ma première fois.

Mécanisme de l’emprise

Fin manipulateur, et conscient de ce qu’il venait de faire, il m’a fait culpabiliser, au point de me faire croire que j’étais amoureuse de lui et que j’avais tout provoqué. Comme une sorte de réflexe de protection, je me suis convaincu qu’il disait vrai. Il faut dire que, en tant que grande romantique, je me voyais bien attendre mon prince charmant jusqu’à mes vingt ans pour me donner entièrement. Du coup, pour ne pas voir l’horrible réalité, j’ai idéalisé la scène. En d’autres termes, je me suis mise à éprouver de l’attachement pour mon violeur. Du moins, c’est ce que j’ai essayé de me faire croire.

Lydiane Bouchet, psychologue et coordinatrice au CTAS (association genevoise d'aide aux victimes), m’a aidé à comprendre cette réaction. Elle explique qu’il s’agit du mécanisme de l’emprise: «L’agresseur crée une ambiance de confiance pour vous atteindre de manière intime. Il crée une sorte de toile autour de vous et utilise une séduction qui fait du bien et qui répond à un besoin actuel.» Il ouvre une sphère sentimentale pour entrer à l’intérieur, puis on se retrouve emprisonnée par ses sentiments. D’autre part, lorsqu’une victime rejette la faute sur elle-même, «elle tente alors de reprendre le contrôle sur la situation en se culpabilisant.»

Les séquelles

Bien que j’aie vite coupé les ponts avec cet individu qui s’était mis à me harceler, il m’a fallu du temps avant de réaliser pleinement que j’avais été victime d’un abus. Quelques années en fait. Sans doute parce que j’avais décidé de mettre de côté ce souvenir bien trop douloureux à porter.  Selon Lydiane, on a affaire à une sorte de dissociation. «L’événement est comme une infection dans le corps. On va donc l’isoler pour protéger le reste du corps. Dans ce cas, une partie de nous se sent bien, mais une autre partie reste isolée, tel un abcès, jusqu'au jour où un évènement de la vie peut réveiller cette partie en provoquant de fortes angoisses soudaines ou des remontées d'images, par exemple.»

Elle explique que les séquelles d’un tel traumatisme vont dépendre d’éléments comme la personnalité et l’âge de la victime, la fréquence des abus, la manière dont la rupture s’est produite ou encore le degré de perversité de l’agresseur. La victime peut souffrir de stress aigu et plus tard de stress post-traumatique. Cela peut engendrer des troubles du sommeil et de l'alimentation, des crises de violence, un besoin soudain de prise de drogue ou encore un renfermement sur soi  pouvant aller même jusqu'à l'envie de suicide.

Guérir et prévenir

Pour ma part, je me rends compte aujourd’hui que cela a effectivement laissé des traces dans ma vie. Cela se traduit par des cauchemars, des angoisses passagères, un grand besoin de me défouler ou encore le rejet quasi systématique des hommes qui essaient de m’aborder. Cela aurait pu être plus grave, mais je me rends compte à quel point c’est important de parler de ce qui nous est arrivé, non seulement pour guérir, mais aussi pour aider d’autres victimes ou prévenir des victimes potentielles.

 

Plusieurs méthodes efficaces ont été développées afin d’aider les victimes d’abus. Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du CTAS.


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21 Commentaires

La vraie manière de vivre, il y a 3 Mois
Lors d'une relation hommes - femmes, il ne faut pas passer à l'acte sans être certains que ça soit la bonne personne. Et d'ailleurs, l'acte n'est normalement pas tolérer avant le mariage. Lorsque l'on rencontre une personne, il faut bien bien apprendre à se connaître. Il faut commencer par des verres aux restos ou des repas sympas aux restos tout en rentrant chacun chez soi. Il ne faut en aucun cas dès les premières fois, avoir une relation sexuelle. Ensuite d'une fois que se sent bien avec la personne, on peut faire des projets de vie. Vivre une relation d'amour tout en ayant chacun un chez soi et en reniant les relations sexuelles. Vivre ensemble d'une fois que l'on est marié. Tout ces chemins éviteront de faire beaucoup d'erreurs et permettront de bien cibler la personne avec laquelle vous êtes. Ca vous évitera bien des ennuis. Car vous verrez de suite si la personne est mauvaise ou pas. Dernière chose, les relations sont autorisées juste pour concevoir l'enfant.
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Réponse du Jean-Youri il y a 3 Mois
Mouhahahahaha! Perso, quand j'achète une paire de chaussures, je l'essaie AVANT!
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Réponse du il y a 3 Mois
Et si on a juste envie de baiser.. tout simplement. Se faire du bien, passer un bon moment et plus se revoir après. Sa détend vous devriez essayer xD
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Réponse du il y a 2 Mois
arf! le retour du puceau catho... 😃
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